jeudi 28 mai 2015

Mademoiselle vole

On vient d’enterrer Mademoiselle.  
Un enterrement de première classe, censément. Sous couvert de sexisme sémantique, on l’a fait taire d’un coup d’un seul, d’une signature de circulaire au sortir d’un conseil d’état. 
Autour du cercueil en bois rose, des chiennes de garde, toutes canines dehors, aboient leur satisfecit rauque. Elle a fini par l’emporter, la horde de canidés au con sec, acéré. Par avoir la peau, le plumage, de cette appellation gracile, aérienne, volatile. 
Parce que Mademoiselle, c’était ça : un oiseau de léger augure, jamais posé, qui n’en finissait pas de planer au-dessus des toits de maisons familiales, de chier sur l’ordre établi des choses de la vie conjugale. 
Toute sa vie, Mademoiselle aura flâné. Sans jamais prêter attention aux propos rapportés des bien-pensantes mal baisées, aux regards-yeux plissés des bigotes jamais butinées et autres mégères trop tôt apprivoisées ; toutes la toisaient d’un œil mauvais, et disons-le, envieux. 
Discriminée, la demoiselle ? À d’autres. À ceux, surtout, pour qui sa place était dans la paille rance d’un nid fallacieusement douillet. 
« Plutôt crever », se disait Mademoiselle. 
Ce soir, du fond de son boudoir boisé, l’oiselle vole pour l’éternité. Et de nous surplomber, d’un air navré. Et, mesdames et messieurs, de nous plaindre.