jeudi 21 juin 2018

Acte de résistance

C’était une belle soirée d’été
Il faisait une chaleur
De bête
J’étais sur le point de la prendre
Quand elle m’a stoppé net
Enserrant furieusement ma queue
Hey mais t’es circoncis
Pourquoi ?
T’es juif ?
Si oui
Impossible
D’envisager quoique ce soit d’intime
Avec toi
J’aurais l’impression
De me taper Netanyahou
Sarko 
Ou BHL
J’ai pensé à ma mère
À ses parents
Aux leurs aussi
Qui même sous la torture
Ont tenu bon
Et comme eux
Soumis
Au feu roulant des questions douteuses
Au regard qui sonde
J’ai nié
J’ai menti les yeux dans les yeux
Jusqu’à ce qu’elle relâche
Son étreinte
Et me laisse enfoncer mon membre
En elle
Comme un bâton de dynamite
Lancé dans le Führerbunker.

mercredi 20 juin 2018

Fin heureuse

Des mois
Que j’avais pas ouvert
Le journal
1000 migrants débarqués
Inde : inondations mortelles
Une petite fille violée dans un parc d’attractions
Plus d’1 salarié sur 2 victime de burnout
Jeunes européens : la tentation radicale
La vitesse maxi encore abaissée
Hollande : et s’il revenait ?
Répression sanglante en Turquie
Heureux
Les mentionnés avec amour
Adoration
Tendresse
En dernière page du quotidien
Colocataires paisibles
De chambre froide
Ou voisins sans histoires
Qui roupillent déjà côte à côte
Six pieds sous terre
Faut croire
Qu’à la fin
Tout ça se termine bien. 

mardi 19 juin 2018

Les chats d'Istanbul

Étalés
Sur des marches tièdes
À boire aux robinets 
Ou bien à paresser
Dans des paniers d’échoppes
Les matous se foutaient
Comme de leur première souris
De nos engueulades monstres
Je pouvais bien 
La balancer
Dans les eaux du Bosphore
La pousser du sommet
De la Mosquée Bleue
Elle 
Me laisser croupir au fin fond
De la Citerne Basilique
Ou encore me semer
Dans les allées criardes
Du bazar aux épices
Les chats d’Istanbul
De feu Constantinople
Et 
De Byzance avant
En avaient vu d’autres        
Et ils en verraient d’autres
Perdre la tête de s’aimer mal
Laissant
Un peu de leur peau
De leur sang
De leur âme
Entre les murs de leur royaume
Avant de repartir
Seuls par le premier vol.

lundi 18 juin 2018

Une bonne douche

Elle m’observait me rhabiller
Dans son deux-pièces
De la rue des Vinaigriers
Dehors
Une pluie de mousson s’abattait
Les rares capuches de sortie
Pataugeaient tête baissée
Qu’est-ce qui te pousse
À te barrer si vite ?
En deux-roues
Par ce temps
C’est de l’inconscience
Du suicide
J’aurais pu invoquer
Une journée harassante
Un chien à balader
Un prochain lever aux aurores
Des dossiers à boucler
N’importe quel imprévu
Reçu par SMS
Ou bien tout simplement
Un certain goût pour le déluge
Je me suis contenté
De lui livrer
Le fond de ma pensée
Je crois
Que j’ai juste envie d’une bonne douche.

dimanche 17 juin 2018

Épreuve de vérité

Quand
Un gosse vous questionne
Difficile de s’arranger
Avec la vérité
Ses yeux ne montrent rien
D’autre
Qu’une curiosité nue
Une confiance sans faille
Mentir à un môme
C’est l'avouer vaincu
C'est jeter l’éponge face aux ombres
Qui dansent autour de lui
C’est renoncer
À la seule croyance qu’il nous reste
Celle
Que depuis tout ce temps
L’enfant qu’on a été
A su trouver refuge
Quelque part en nous
A survécu.

vendredi 15 juin 2018

Guten Abend, gute Nacht

J’ai voulu retenter ma chance
Avec Irène
Alors un soir d’été
J’ai pris la route
Jusqu’à chez elle
Périph’
A14
A86
Puis des avenues
Impeccablement goudronnées
Des rues fleuries
Par la grâce des impôts locaux
Arrivé dans son bled
J’ai tâché de trouver une place
Devant sa résidence
Radio Classique passait
La Berceuse de Brahms
Wiegenlied Op. 49 No. 4
Guten Abend, gute Nacht
Histoire de rameuter Irène
Sur son balcon
Façon Juliette énamourée
J’ai monté le son
Au max
Des fenêtres se sont ouvertes
D’autres se sont fermées
Des voix se sont élevées
Des stores se sont baissés
J’ai fini
Par aller sonner
Le doigt resté sur le bouton
La voisine s’est pointée
Allez plutôt passer du Brahms
Qui berce
À la maternité
Irène vient d’accoucher.

Mythologie moderne

Au fur
Et à mesure
Que la grogne anti-mâle alpha
Grimpe à travers le globe
Les seins des filles débordent
Crescendo
Sur les réseaux sociaux
Rendues toujours plus lisses
À force de filtres
Elles ont rasé leur crin
Et leur peau gagne du terrain                
Alors depuis mon téléphone
Je swipe à droite
À gauche
J’envoie des likes
Des flashs
Des crushs
Comme je mettrais la main
Au cul d’une Gorgone
Et quand j’écris
Je pèse mes mots
Chacun lourd comme l’épée
De Damoclès
Suspendue
Au-dessus de mon crâne
Retenue par un poil pubien.