vendredi 22 mars 2019

Collections permanentes

Amants
De longue date
À la relation distendue
Au lien effiloché
On aimait se donner rencard
Dans des musées divers
Orsay
Beaubourg
L’Atelier des Lumières
Maillol
Le Louvre
Le Grand Palais
Corps côte à côte
On arpentait les salles bondées
Contemplant
Sans un mot
Des tableaux centenaires
Des sculptures d’un autre âge
Des photos noir et blanc
Sous verre
Pour ensuite finir
Par filer
Main dans la main
Dans les allées
Désertes
Familières
Presque rassurantes
Des collections permanentes.

dimanche 27 janvier 2019

Joanna

Après
Avoir pris son pied
Dans son coin
Elle s’était tirée 
Fissa
De chez moi
Oubliant au passage
Son parapluie 
Quand j’ai rappelé
Pour la revoir
Elle a dit 
Non
Merci 
Une seule fois m’a suffit
Mais qu’à tout prix
Elle tenait à récupérer
Son parapluie 
Cadeau d’un ex
D’une grande valeur sentimentale
C’est l’égo piétiné
Et sous un froid soleil d’hiver
Que 
Le parapluie fermé
J’ai marché
Jusqu’au premier bureau de poste
L’objet glissé dans un tube
Puis posté
J’étais en route pour rentrer
Quand un déluge de giboulées
S’est abattu sur moi
Il y a des gens comme ça
Comme Joanna
Des messagers karmiques
Qui un beau jour
Passent en flèche dans votre existence
Se dressent en travers du chemin
Juste le temps 
De vous prendre à témoin
Que dans cette vie
Le pire n’est jamais certain.

jeudi 24 janvier 2019

Un dernier tour

Un soir
Dans mon sous-sol
À peine garé
J’ai aperçu mon vieux voisin
Amiral
Dans sa vie d’avant
90 balais bien tapés
Désormais dans l’attente
Du jour de son jugement dernier
Il était là       
Immobile au volant
De sa vieille BMW
Modèle M535i
Année 79
218 chevaux
Boîte manuelle sport
Sièges Recaro
Couleur gris métallisé
Comme dans bien des garages
On n’y voyait pas clair
Alors je me suis approché
Il se tenait droit comme un i
Le crâne tout contre l’appuie-tête
Les paupières closes
J’ai toqué à la vitre
Il a légèrement tressailli
S’est ranimé
Et
À la force de son bras fluet
L'a baissée via la manivelle
Devant mon air crispé
Il a souri
S'est expliqué
Je faisais juste un dernier tour. 

mardi 22 janvier 2019

L'amour du public

J’avais un article à écrire
4 pages pleines
À pondre
Sur Larry Holmes
Un boxeur maudit
Le genre
Qui brandit des ceintures
À tour de bras
Gagne des 1000 et des 100
Mais jamais ne reçoit
L'amour du public
J’allais m’y mettre
Quand Rose me texte
Qu’elle a besoin de moi
Deux heures plus tard
Rentré
Délesté de milliers d’euros
Prêtés 
Sans poser de questions
Signés par chèque
Et de millions 
De filaments lâchés
Dans un bout de latex
Me voilà
De retour sur ma chaise
À batailler
Sur chaque titre
Chaque phrase
Chaque mot
Histoire de donner au lecteur
L’envie d’aller 
Au bout de ce papier
Dédié
À ce puncheur tombé
Dans l’oubli.

vendredi 18 janvier 2019

Un conseil

Ne rappelez jamais
Une ex
Jamais
JAMAIS
JA-MAIS
Elle vous détestera
Pour lui remémorer
Sa jeunesse
Ses écarts
Ses erreurs
Ses errements
À ses yeux
Vous ne serez guère plus
Qu’un miroir
Grossissant
Le souvenir ingrat
De journées sans calmants
De cuites sans gueules de bois
De repas sans coupe-faim
D’orgasmes plus fréquents
De nuits sans somnifères
Et le témoin gênant
D’un autre temps
Celui où
Chaque matin
Elle était réveillée
Par le chant d'autres lendemains.

jeudi 17 janvier 2019

Les grues de la porte de Clichy

La nuit tombée
Elle aimait se balader nue
Devant les grues
De la porte de Clichy
Passer
Repasser
Et encore passer
Le long de sa grande baie vitrée
Entre leurs bras
D'acier
Alors dans un ballet statique
Les grues tournoyaient
Sur elles-mêmes
Jusqu’à en tituber
Tandis qu’elle
À jamais distante
S’amusait à leur faire
Croiser le fer
Les allumer
Jusqu’au petit matin
L’heure pour les casques
Aux commandes des engins
De redescendre
Sur terre
Passer la main
Et de rentrer
Rêver
À leur belle de chantier.

lundi 31 décembre 2018

Le prix à payer

Méfiez-vous
De tous ceux qui vivent aux crochets
De leur part d’ombre
Car à la fin
C’est pas elle qui paiera la note
Des injections de kétamine
Des flasques de whisky
Des factures du service réa’
De l’hôpital du coin
Et de l’escroc des pompes funèbres
Qui vous prendra un bras
Pour le cercueil en bois de pin
L’ardoise est toujours pour celui
Qui choisit d’aimer
Sans compter.