mardi 16 octobre 2018

Soin du corps

J’ai toujours soigneusement
Passé l’éponge
Sur les bleus
Du corps de Marion
Rien d’autre 
À faire
À part fermer les yeux
Sur ces zones d’ombres
Irisées
Ces aires de jeux
Mal éclairées
Où se trimbalent
De grosses voix
Cagoulées
Avides
De gamines aux égos
Garrotés
Désormais consentantes
Dont les mains menottées
Se tordent de plaisir.

dimanche 14 octobre 2018

La femme double

Samantha
Mariée à un richissime
Trou du cul
Bossait pour remplir ses journées
Négociatrice immobilière
Dans une agence dite
De prestige
Elle possédait les doubles
De superbes baraques
À vendre
Propriétés d’émirs véreux
De dignitaires au bras long
Pour nos sauteries
Elle me rencardait par texto
Dans ces endroits sans âme
Sans vie
Qu’on ressuscitait en deux-deux
À coups de râles
De rires
17, avenue de Saxe - 16h
2, villa Léandre -13h30
50, boulevard Malesherbes - 11h
Etc.
Etc.
Etc.
Jusqu’au jour
De son exil fiscal
CDG - Vol AF1415
Aller simple - Zurich
Terminal 2F
Toilettes hommes
18h45
Des baises
Dans des décors de rêve
Des pipes avec vue sur Paris
Pour finir 
Par une der’ des der’
Dans les chiottes de Roissy
Samantha 
Ou l’art consommé d’être double
Comme personne dans cette vie.

vendredi 12 octobre 2018

La course

Grandir auprès d’un parent
Alcoolique
C’est comme apprendre le vélo
Avec un pneu à plat
Redresse 
Redresse
REDRESSE !
Joue des pieds !
Redresse 
Redresse
REDRESSE !
Joue des bras !
Redresse
Redresse 
REDRESSE !
Garde le cap !
Redresse
Redresse
REDRESSE !
Sans cesse
Et de grâce
Oublie le porte-bagages
Le porte-bébé
Les lumières
La sonnette
Les freins
Pédale
Pédale 
PÉDALE !
Pédale jusqu’au supermarché
Et prends-lui son gin préféré.

mercredi 10 octobre 2018

Poème pour Anne

Pollution
Répression
Bouchons
Paris prend l’eau
Et les rats
Des villes
Quittent le navire-lumière
Au profit de provinces détox
Sur la proue parigote
Camés
Putes
Et migrants
En improbable orchestre
Continuent de jouer
Une symphonie sous crack
Reprise par les chœurs rigolards
De touristes
Aux poches visitées
Et de poulets
Les yeux rivés sur leurs radars
Tandis que sur les berges
Désormais inondées
De jeunesses Vélib’iennes
On aperçoit flotter
L’étendard procommunautaire
D’Anne la reine-maire
Baronne bobo des salles de shoot
Intégriste assumée
Des pleins pouvoirs piétons
Et du règne du vide
Dans les couloirs de bus.

Extorsion de fond

Avec Asma
Le sexe
N’était jamais sans conséquences
Sitôt l’affaire bouclée
À la lueur
De l’abandon
Que seule l’extase procure
Elle m’auscultait
Du crâne au cœur
Me criblait de questions
Sur mon passé
Présent
Futur
Profitant
De cette tendre torpeur
Qui ne dure
Que le temps
De reprendre son souffle
Ainsi elle m’extorquait
Des aveux sans éclat
Des confessions quelconques
Ces fêlures ordinaires
Qui
Passant de l’ombre à la lumière
Font tomber les masques
Et s’abattre en silence les murs.

mardi 9 octobre 2018

Prose précoce

Ce lundi
Appel rageur
D’une amie en pétard
À la récitation du jour
0 pointé
Pour son bambin
Dont j’avais la garde hier soir
Dans le carnet de correspondance
Un mot de la maîtresse
« Quid du poème
La Tour Eiffel
De Maurice Carême ?
Et ne trouvez-vous pas Luka
Encore un peu petit
Pour apprendre par cœur
L’oiseau bleu de Charles Bukowski ? »

Le doute

Il était là
Entre elle et lui 
Poison tranquille
Taiseux
Dont désormais
Rien ne pourrait stopper
L’insidieux goutte-à-goutte
Instillé dans la sève
Du corps conjugal
Pas même les plus belles intentions
Les renonciations les plus folles
Ces promesses d’absolu
En actes comme en paroles
Leurs chances de guérison
Étaient de l’ordre 
Du zéro
Pour cause d’amertume infinie
Alors avant d’en rester là
La nuit
Ils échangeaient tout bas
Les mots les plus doux
Les regards les plus longs
Derniers moments
D’un tandem en phase terminale 
Dernier jours
D’un couple en fin de rémission.